Larry Clark – Interview et exposition @ galerie Antoine & Hus –

Par , le 8 novembre 2017.

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Photos et interview Clément Chouleur

 

Samedi dernier aux galeries Hus et rue ANTOINE avait lieu le vernissage d’une double
exposition des photos de Jonathan Velasquez et des peintures et photos de Larry Clark.
Pas peu fier de représenter l’équipe De Paris c’est avec une petite boule au ventre que
j’ai saisi cette belle opportunité de rencontrer le vieux Monsieur pour essayer d’en
savoir un peu plus sur l’origine de l’affect si particulier qu’il entretient avec notre
communauté. Après notre entrevue j’ai passé une bonne partie de la soirée à discuter de
manière informelle (ndlr: comprendre autour de quelques bières ) avec Jonathan et vu que le courant est bien passé entre nous, vous
n’êtes pas à l’abri de voir sortir une prochaine interview de ce dernier… affaire à suivre!
En attendant, l’exposition reste visible jusqu’au 30 décembre

 

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Est-ce que votre intérêt pour le skate est né de votre rencontre avec Tobin Yelland ou est-ce
une culture qui avait déjà aiguisé votre curiosité?

 

Le premier skateur que j’ai rencontré était Tobin Yelland, mais mon intérêt est né du fait
que visuellement, c’est excitant. Ce que je veux dire c’est que quand tu regardes tout ce
qu’un ado peut faire, visuellement c’est le skate qui est le plus intéressant, le plus
rebelle. Pour certains jeunes un peu perdus, le skate leur a permis de défouler toute leur
haine, d’éviter d’en arriver jusqu’au suicide, de finir en prison ou de devenir accro à la
drogue. J’ai pu le constater à plusieurs reprises, le skate a sauvé des vies et c’est pas juste
des histoires, c’est vraiment arrivé, comme tu le sais probablement déjà.

 

Quel est l’aspect de la culture skate qui vous a le plus marqué et donné envie de vous y
intéresser plus profondément, de le documenter?

 

Simplement le fait que j’y ai vu de belles personnes et cet esthétisme si intéressant. C’est
toujours marrant d’être au contact des skateurs et à force de les côtoyer, ils oubliaient
ma présence et je pouvais prendre des photos naturellement. J’ai toujours apprécié cette
scène. Parmi ceux que j’ai rencontré en premier il y avait Andy Roy ou Mickey Reyes, il y
en a eu tellement que j’ai du mal à me souvenir de tous les noms.
Vous avez même appris à skater!
C’est vrai, j’ai appris à skater et à un âge avancé ce qui a rajouté de la difficulté. Je ne dis
pas que c’est facile d’apprendre quand on est jeune, mais quand on est vieux et qu’on se
blesse ça prend bien plus de temps à guérir… alors j’ai payé mon dû! C’est un sport
brutal et je me suis blessé sérieusement plusieurs fois.
En même temps c’était un peu nécessaire d’apprendre pour être accepté!
Oui bien sûr, impossible de les suivre autrement, tu ne peux pas leur courir après! Ne
serait-ce que pour les côtoyer il te faut un skate et vu qu’ils se déplacent en permanence
tu en as besoin, je n’aurai jamais été accepté si j’avais du les suivre en moto. Apprendre à
skater était nécessaire.

 

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Vous avez appris à l’époque de Kids, est-ce que vous avez continué après le tournage?

Oui bien sûr, aussi longtemps que j’ai pu et puis mes genoux m’ont lâché et aujourd’hui
j’ai deux genoux artificiels! Je suis sûr que le skate n’a pas aidé mais je vais bien. Le skate
me manque même beaucoup.

 

Pour continuer sur le sujet de Kids puisqu’il a clairement marqué plusieurs générations de
skateurs, est-ce que vous pensez que vous auriez pu être aussi juste et les toucher autant si
vous n’aviez pas rencontré Harmony Korine?

 

Disons que j’aurais quand même fait un film sur les skateurs mais cela n’aurait jamais
donné le même résultat! C’est un peu comme si nous étions voués à nous rencontrer à ce
moment là et faire ce grand film ensemble. Il a eu de la chance, j’ai eu de la chance.

 

Un beau coup du destin!
Oui c’est clair.

Selon vous, quel est le plus gros changement entre les ados de Kids et ceux de The smell of
us?

 

Les ados sont toujours des ados mais le plus gros changement c’est la façon dont tout est
devenu hyper commercial, le skate est devenu un outil commercial. Aujourd’hui les gens
s’habillent comme des skateurs sans jamais avoir mis un pied sur une planche ou même
rencontré un skateur. Je trouve que le skate s’est divisé en tout un tas de petites cliques
alors qu’avant tout le monde était ensemble, que tu sois noir ou blanc, gay ou hétéro ça
ne faisait aucune différence. Si tu skatais tu étais un skateur et tu faisais partie de la
même bande. Aujourd’hui ce ne sont que des petits crew qui se bagarrent, même entre
eux parfois. C’est juste différent, le monde est différent!
C’est un peu triste.
Oui ça l’est… mais les années 80 et 90 étaient une super époque pour le skate!

 

Pourtant vous avez continué à travailler avec les skateurs, qu’est-ce qui vous as poussé à le
faire?

 

Et bien tout simplement le fait que des amitiés se sont développées et pour moi ça a du
sens de les intégrer dans mes films, je m’arrange toujours pour leur faire un petit clin
d’œil… je les apprécie, ce sont de bonnes personnes.

 

Peut-être que le fait que nous passions le plus clair de notre temps dans la rue, que l’on
conçoive la ville différemment, que l’on interagisse avec les badauds autrement nous rend
plus intéressant aussi!
Oui c’est sûr et le fait d’être en mouvement tout le temps aussi je pense. À chaque fois
qu’ils découvrent un nouvel endroit ils y découvrent aussi de nouveaux spots et ça rend
la chose excitante à coup sûr. Une personne normale voit la rue et toi tu y vois des spots
et je trouve ça plutôt marrant.

 

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Nous sommes ici aujourd’hui pour le vernissage d’une exposition de vos peintures et de vos
photos, est-ce que vous shootez encore?

Oui je fais encore tout, la peinture, les films, la photographie… j’écris aussi maintenant!
Je me tiens occupé en somme. Quelqu’un m’a même demandé l’autre jour si je voulais
jouer dans un film mais il faut encore que je lise le script avant d’accepter. C’est assez
marrant, je vais peut-être devenir acteur aussi.

 

J’ai pourtant lu que vous en aviez fini avec le cinéma et que vous n’aviez plus l’énergie pour
faire un nouveau film, est-ce toujours le cas?
C’est vrai que j’ai dit ça, officiellement j’ai pris ma retraite mais c’était juste pour que les
gens me laissent tranquille, on m’emmerdait trop. Mais maintenant je pourrais refaire
un film, je ne suis plus retraité!

 

Je repense à Tobin Yelland qui est un photographe dont j’admire le travail et je me
demande quel genre de conseils vous lui donniez à l’époque?

 

Je lui disais de prendre plus de nus. Il m’a envoyé des photos pendant près d’un an et
ensuite on en discutait au téléphone et j’essayais de lui apprendre quelques leçons via
ces coups de fils.
Mais tu sais, ce n’est pas dur d’être photographe, tu as juste à comprendre quelques
trucs et ensuite tu explores seul. Parce que quand tu as ton appareil tu es très seul en
tant que photographe et c’est ça que je trouve intéressant car c’est à toi de trouver ta
voie.

 

J’ai cru comprendre que vous alliez vous faire tatouer ce soir, est-ce que vous pouvez m’en
dire davantage?

 

Oui dans quelques minutes, je me demande encore si je vais le faire sur mon bras ou ma
jambe… ce sera surement sur mon bras, j’en ai déjà partout de toute façon. Il
représentera une série de nombres, une équation déterminée par un mathématicien en
fonction des étoiles et qui me représente mais il t’expliquera ça certainement mieux que
moi. Je suis impatient cela fait un moment que je ne me suis pas fait tatouer.

 

Merci Larry, pour votre temps.

 

 

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